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3 oct. 2016

La Perle et la Coquille.

                     

                  Titre : La Perle et la Coquille.
         Auteur : Nadia Hashimi.
       Genre : Contemporain.
Edition : Milady.   
                  Nombre de pages : 538 pages.
Prix : 18.20€.____


Résumé :

- Tu pourras faire des tas de choses que tes soeurs ne sont pas autorisées à faire. On changera ta garde-robe et on te donnera un nouveau prénom. Tu pourras aller à l'épicerie chaque fois qu'on aura besoin de quelque chose, aller à l'école sans avoir peur d'être embêtée par les garçons, jouer à des jeux. Qu'est-ce que tu en dis ?
C'était le paradis, voilà ce que j'en disais !

 Kaboul, 2007. Les Talibans font la loi. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, Rahima n'a pas de frère et son père est malade. Ses soeurs et elle ne peuvent donc en aucun cas quitter la maison - encore moins pour aller à l'école. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à cette fille de dix ans de se travestir jusqu'à ce qu'elle soit en âge de se marier. Avec ses cheveux courts, vêtue comme un garçon, elle jouit alors d'une liberté qui va la transformer à jamais, comme son ancêtre Shekiba, un siècle plus tôt. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et constituent un vibrant témoignage sur la condition féminine en Afghanistan.


Extrait :

 Je fus une petite fille, puis je ne le fus plus
Je fus une "bascha posh", puis je ne le fus plus
Je fus la fille de mes parents, puis je ne le fus plus.
Je fus une mère, puis je ne le fus plus
Dès que je m'adaptais à une situation, elle changeait. Je changeais.
Le dernier changement fut le pire.


Avis :

 Un roman contemporain au goût de témoignage. L'auteur ose parler au nom de ces femmes qui ne le peuvent pas. Deux histoires qui se relient, deux femmes au même destin. Shekiba et Rahima. « La Perle et la Coquille » raconte la condition féminine en Afghanistan, l'inégalité entre les hommes et les femmes et la liberté qu'elles ne connaissent pas ; c'est un récit dur en émotion. Ce qui m'a le plus sauté aux yeux, c'est le fait qu'entre coépouses elles ne se soutiennent pas ; la solidarité n'existe presque pas. Surtout avec les mariages arrangés et les maris qui prennent plusieurs femmes à la fois pour avoir un héritier digne de ce nom. Les filles là-bas sont traitées comme des moins que rien, elles sont abusées, maltraitées, méprisées.

Rahima est une petite fille qui vit avec sa mère, son père et ses quatre sœurs. Les filles sont très vite vulnérables si elles se promènent seules dans la rue, sans un garçon de confiance a leur côté. Le père est un drogué, bercé par de sombre colère. Il décide de les retirer de l'école, par sécurité et pour les surveiller comme il se doit. Mais une idée germe dans la famille, celle de transformer une fille en garçon, de faire de Rahima une Bacha posh jusqu'à qu'elle soit en âge de se marier. Au départ, Rahima a l'air d'être un peu capricieuse et égoïste, mais petit à petit on découvre que c'est quelqu'un d'entier, une femme au grand cœur comme son ancêtre ; Shekiba. Elle devient tout ; une petite fille, une bacha posh, une femme et une mère. Mais les situations s'envolent au moment où elle s'y habitue le plus. Entre abandon et tragédie, elle se renferme sur elle-même. Heureusement sa tante ; Khala Shaima est là pour l'aider à faire face et à prendre son destin en main. Elle va trouver du courage dans la ville où Shakiba a vécu une grande partie de sa vie. Franchement j'ai aimé Rahim et Rahima, la bacha posh et la femme qu'elle devient au fil du temps ; en vérité le garçon qu'elle était montre que c'est un personnage fort et déterminé pour trouver la paix et surtout la liberté.

Shekiba n'est pas une enfant, une fille comme les autres. À deux ans, un accident l'a défigure de moitié. Les moqueries, les insultes deviennent une deuxième peau pour elle. Après une épidémie dévastatrice, elle se retrouve avec son père ; travaillant la terre ensemble. Son géniteur décède et elle va vivre seule dans sa maison isolée du reste de la famille, les autres ont bien trop peur d'elle pour l'approcher. Quand ils découvrent que leur frère est mort, ils emmènent Shekiba à sa grand-mère ; Bobo Shahgul. Cette dernière est méchante avec sa petite fille, au point de lui donner les pires tâches de la maisonnée. Et puis elle va être donnée pour rembourser des dettes, toujours en tant que domestique. Elle va connaître un peu de répit, mais pas suffisamment. Après des mois au près d'une famille, elle va vouloir reprendre la Terre de son père, ce qui lui est interdit étant une femme. Elle déménage encore, cette fois pour le domaine royal en tant que garde des concubines du roi. Pendant un temps elle va trouver grâce dans cette vie de bacha posh, mais des envies de femme se font vite sentir : Avoir un bon mari et des enfants. Et surtout être acceptée complètement. Mais des péripéties vont mettre ses plans en mauvaise posture... En tout cas son histoire m'a vraiment ému, mis sur les nerfs à plusieurs reprises. C'est une femme bien, pourtant son existence est un désastre en partie à cause de son visage et des rumeurs qui court facilement sur elle. Entre la compassion que j'ai ressenti pour elle, la rage envers les gens qui l'a maltraite et par-dessus tout l'espoir qu'elle arrive à être un peu heureuse ; j'en ai vu de toute les couleurs avec cette protagoniste. Mais c'est un vrai plaisir de suivre ses aventures, de temps en temps elle est soumise et d'un coup elle devient audacieuse au point de m'en avoir bouché un coin.

Il y a des longueurs de temps en temps, pourtant le récit de Rahima est très intéressant ; mais celui de Shekiba est encore plus captivant et enrichissant. Par leur histoire j'ai appris à connaître cette communauté avec ses traditions. J'ai voyagé avec cette œuvre ; certes légèrement et durement mais je n'ai pas l'habitude de lire ce genre d'ouvrage ; où la synopsis est dans sa totalité, proche de la réalité. Cependant les rebondissements n'ont cessés de me surprendre, c'est très entraînant ; plein de vie et de sentiment, de tristesse et de colère mais surtout de courage et d'espoir. C'est un livre doux-amer.

La plume de Nadia Hashimi est magnifique, c'est philosophique et psychologique. Elle donne la parole aux femmes qui ne l'ont pas. Elle raconte l'histoire de deux d'entre elles, leurs destinées se font écho et Rahima va apprendre les erreurs et les défaites de son ancêtre et de ses proches pour ne pas les reproduire. L'auteur a une écriture dès plus hypnotisante, laissant le droit au lecteur d'être transporté dans deux récits qui ne se passe pas à la même époque et qui pourtant se ressemble. Nadia a un don pour décrire certaine chose futiles et pour mettre en valeur les plus beaux des moments et les émotions.

Ce n'est pas tout à fait un coup de cœur, toutefois ce roman en était très proche. Je vais en garder un grand souvenir de cette œuvre, de ce témoignage sur la condition féminine. Les batailles que mène les femmes afghanes, qu'elles soient d'hier ou d'aujourd'hui ; est une preuve que malgré les traditions, les mauvais présages et les malédictions tout peux s'arranger avec du courage, de la volonté et du cœur. Qu'elles soient filles ou garçons, elles doivent rester libres de leur choix et de leur destin. J'ai beaucoup aimé Rahima et Shekiba, elles sont restées elles-mêmes pendant toute leur vie, Rahima et sa curiosité et Shekiba et sa force. Ensemble, elles m'ont fait voir des existences dont je n'avais pas idée. Nadia Hashimi m'a transmis sa sagesse avec ses mots et son livre.


Note :
9.5/10.

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