Titre : Les oubliés du dimanche.
Auteur : Valérie Perrin.
Genre : Contemporain.
Edition : Albin Michel.
Nombre de page : 379 pages.
Prix : 19.50€.
Résumé :
Justine, vingt et un ans, aime les personnes âgées comme d'autres les contes. Hélène, presque cinq fois son âge, a toujours rêvé d'apprendre à lire. Ces deux femmes se parlent, s'écoutent, se révèlent l'une à l'autre jusqu'au jour où un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite qui abrite leurs confidences et dévoile un terrible secret. Parce qu'on ne sait jamais rien de ceux que l'on connaît.
Extrait :
- Tu fais quoi ?
Je sursaute. Jules m'a fait peur. Je referme le cahier bleu.
- J'écris.
- Tu te prends pour Marguerite Duras ?
- D'où tu connais Marguerite Duras ?
- Un cours de français. J'ai trouvé ça chiant. J'espère que t'écris pas comme elle.
- Aucun risque. Ouvre la fenêtre.
- T'es de mauvais poil ?
- Nan. Tu sais que je supporte pas que tu fumes dans ma chambre.
- C'est surtout que je fume que tu ne supportes pas... T'es pas ma mère.
Jules ouvre la fenêtre et se penche en avant. Il fait un peu la gueule. Alors, je dis :
- Hier soir, il y a eu un nouveau coup de téléphone anonyme aux hortensias.
Il se retourne, je ne vois pas ses yeux.
- C'est quelle famille ?
- Va falloir que t'ailles chez le coiffeur. Celle de Gisèle Diondet. La toute petite dame avec des cheveux violets qui était mercière. Je t'en ai parlé la semaine dernière.
- Me rappelle.
- Avant, elle passait beaucoup de temps dans la salle des cartes et elle participait à tous les ateliers. Mais depuis le début de l'été, elle bloque avec les autres à la réception. Alors elle était là quand sa famille est arrivée à l'accueil avec les yeux rouges et des habits sombres.
D'une pichenette, Jules balance son mégot par la fenêtre. Demain matin, pépé le ramassera dans le jardin en bougonnant. Puis il le mettra dans une bassine d'eau avec les autres, une eau qu'il utilisera pour arroser ses rosiers et tuer les pucerons.
Il revient s'asseoir sur mon lit.
- Et ils ont dit quoi, la famille, quand ils l'ont vue... vivante ?
- Imagine le choc pour eux. Mais je pense qu'ils ont été un peu déçus.
- Comment ça, déçus ?
- Quand les vieux passent l'arme à gauche, ça veut dire fin de la culpabilité. C'est compliqué. C'est du chagrin qui se mélange à du soulagement.
- Et la petite vieille, elle a dit quoi quand elle les a vus
- Au début, elle ne les a pas reconnus, mais elle était quand même contente. Surtout qu'à midi ils l'ont emmenée au restaurant. Tu sais, ça arrive souvent avec les anciens. Sur le coup, ils ne sont pas aimables avec la famille, mais après les visites, y a quelque chose qui change. Ils sont moins angoissés. En tout cas cet après-midi, Gisèle est retournée dans la salle des cartes. Ça faisait trois mois qu'elle n'y avait pas mis les pieds.
- Tu vois, ça sert à quelque chose ce truc anonyme.
- Tout à l'heure, madame Le Camus nous a tous convoqués pour nous annoncer que des policiers allaient enquêter intra-muros (j'imite sa voix pour faire sourire Jules) pour résoudre le mystère des coups de téléphone anonymes.
Mais Jules ne sourit pas.
- Il va y avoir des vrais inspecteurs et tout ?
C'est moi qui me mets à rire.
- Tu parles, c'est Starsky et Hutch qui sont sur l'affaire !








