Titre : Sidhe, Tome 3 : Double vue.
Auteur : Sandy Williams.
Genre : Bit-lit.
Edition : Milady.
Nombre de page : 454 pages.
Prix : 8,20€.
Résumé :
Une guerre sanglante, un amour impossible.
McKenzie est une diseuse d'ombres, mais son inestimable don n'a cessé de mettre sa vie et celles de son entourage en péril. Déchirée entre le fae qu'elle aime et celui auquel elle est liée, la jeune femme doit faire la lumière sur les dessous de la guerre si elle veut y mettre un terme. Armée de dangereux secrets et épaulée par de puissants alliés, par ses actes elle divisera le Royaume à tout jamais... à moins qu'elle le sauve.
Extrait :
Je me rends compte une seconde plus tard que je n'aurais rien dû dire. J'ai obéi à mon besoin de rassurer Kyol, mais le visage d'Aren se ferme et je devine ce qu'il pense : je ne suis pas de son côté. Je suis du côté de l'homme avec qui j'ai formé un lien.
- Aren...
- J'en apprendrai plus à Corrist, dit-il. Je vous enverrai des vêtements secs et des vivres.
- Non, intervient Kyol. Tu vas rester avec McKenzie.
Aren tourne lentement la tête vers le seigneur général de Lena. Les émotions de Kyol sont stables et calmes à présent. Il 'en va pas de même pour celles d'Aren. La tension de ses muscles me saute aux yeux comme si c'était nous que le lien unissait. Techniquement, Kyol est le supérieur hiérarchique d'Aren, mais je ne pense pas qu'il lui ait souvent donné des ordres. À vrai dire, je doute qu'ils aient été souvent en contact ces dernières semaines.
- Je vais y aller, insiste Aren. Tu escorteras McKenzie jusqu'à Corrist. Le trajet devrait être assez sûr.
Ce sera un long voyage, une journée entière de marche. De quoi me laisser le temps de découvrir ce que je peux faire pour récupérer Aren.
- Non, dit Kyol.
S'il s'était agi d'un autre qu'Aren, il aurait su que ce n'est pas la peine de discuter avec Kyol quand il parle sur ce ton. Même la pluie cesse de tomber, presque comme si elle se pliait à la voix autoritaire de Kyol.
Mais on ne refait pas Aren, et bien qu'il soit désormais membre du gouvernement légitime du Royaume, il reste un rebelle dans l'âme.
- J'ouvre une fissure, dit-il. Si tu choisis de m'imiter, ce sera toi qui la laisseras seule.
Un rai de lumière blanche fend le vide à côté de lui.
- Attends ! aboie Kyol. Emmène-là juste hors de la ville. Je te rejoindrai à l'approche du bâtiment le plus à l'ouest de Tholm.
Puis avant qu'Aren ait pu entrer dans sa fissure, Kyol en ouvre une à son tour et disparaît.
Aren jure.
- Je ne suis pas si repoussante que ça, si ? je demande sur un ton léger.
Aren pose ses yeux argentés sur moi et me fait comprendre au regard qu'il me jette derrière ses cils sombres que ce que je viens de dire est ridicule. Je me contente d'un minuscule haussement d'épaules enserre mon corps secoué de frissons et me mets à marcher.
- Était-ce vraiment nécessaire que tu te débarrasses de tes chaussures et de ta cape ? me demande Aren en m'emboîtant le pas.
Il observe mes pieds nus. Ce n'était pas une erreur de jeter mes chaussures - mes orteils étaient déjà gourds et j'ai une meilleure prise sur le sol sans - mais retirer la cape en a peut-être été une.
Au lieu de l'admettre, je dis :
- Tu as retiré la tienne.
- C'est plus facile de se déplacer sans.
- Exactement.
- Sans compter que je peux me tenir chaud, dit-il.
- Si tu as envie de me tenir chaud, c'est quand tu veux.
Même dans le noir, je vois une étincelle briller dans ses yeux argentés quand il me regarde.
- Tu as décidé de rendre les choses difficiles, n'est-ce pas ?
Nous nous engageons sur un pont incurvé en pierre.
- Si tu fais allusion au fait que tu m'as larguée, alors oui.
- Tu as rendu les choses aussi difficiles pour Taltrayn ?
- Je...
Cette question me prend de court, et je ne sais pas trop comment y répondre. Avec Kyol, je savais pourquoi il gardait ses distances. J'en respectais même la raison, et je croyais au début que la culture humaine nuisait au Royaume. Au fil des années, j'ai commencé à en douter, mais je n'ai jamais douté de Kyol. Il était noble et n'avait qu'une parole, et à chaque fois qu'il m'a dit qu'on ne pouvait pas être ensemble, j'ai essayé de tourner la page.
Je regarde Aren tandis que nous passons au-dessus d'un canal. Je n'ai aucune envie de tourner la page à présent.
- Je ne les ai pas rendues faciles, dis-je enfin, me focalisant sur la longue allée devant nous.
Nous approchons de la limite de la ville. Les maisons sont plus larges, les devantures des échoppes moins collées les unes aux autres, et même si plusieurs heures nous séparent encore de l'aube, les ombres entre les bâtiments ne semblent pas aussi épaisses ici.
Mais il fait toujours un froid glacial, et Aren ne s'est pas rapproché d'un centimètre.
Je cesse de marcher et me tourne vers lui.
- Et si tu me disais ce qui ne va pas ?
Presque à contrecœur, il soutient mon regard.
- Je ne comprends pas pourquoi tu es ici, dit-il. Tu as la vie normale que tu as toujours voulue.
Sans détourner les yeux, je penche la tête de côté.
- Tu ne sais donc pas que je ne pourrai jamais être une humaine normale ?
Au sourire qui naît sur son visage, je vois qu'il reconnaît ces mots. C'est ce qu'il m'a dit il y a deux mois, juste après l'attaque des miliciens en Allemagne. Je luttais encore contre mon attirance pour lui, m'accrochant à l'espoir que je lisais les ombres pour un roi bon et honnête.







