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19 nov. 2017

Emmi et Leo, Tome 1 : Quand souffle le vent du nord.


Titre : Emmi et Leo, Tome 1 : Quand souffle le vent du nord.
Auteur : Daniel Glattauer.
Genre : Contemporain.
Edition : Le Livre de Poche.
Nombre de pages : 348 pages.
Prix : 7.10€.


Résumé :

 Un homme et une femme. Ils ne se connaissent pas mais échangent des mails. Jusqu'à devenir accros. Jusqu'à ne plus pouvoir se passer l'un de l'autre, sans se rencontrer pour autant...


Extrait :

Une semaine plus tard
Objet : T. P.
Temps pourri aujourd'hui, non ? Bises, E.
Trois minutes plus tard
REP :
1. Pluie 2. Neige 3. Pluie neigeuse. Sincères salutations, Leo.
Deux minutes plus tard
RE :
Vous êtes toujours vexé ?
50 secondes plus tard
REP :
Je ne l'ai jamais été.
30 secondes plus tard
RE :
Alors peut-être n'aimez-vous pas discuter avec des femmes mariées ?
Une minute plus tard
REP :
Oh, si ! Par contre, je me demande parfois pourquoi des femmes mariées prennent plaisir à discuter avec de parfaits étrangers comme moi.
40 secondes plus tard
RE :
Vous en avez donc plusieurs dans votre boîte mail ? De combien d'autres personnes se compose votre thérapie pour vous remettre de Marlene ?
50 secondes plus tard
REP :
Bien, Emmi, vous retrouvez petit à petit votre mordant. Tout à l'heure, vous me sembliez un peu indolente, embarrassée et timide.


Avis :

 Une lecture épistolaire, un style particulièrement nouveau pour moi et ma culture littéraire toute simple. Ce n’est ni de la littérature classique, ni un récit avec une narration moderne ; c’est un mélange des deux, le mixe de Emmi et Leo. C’est une histoire à la fois vibrante de vie et morte de liberté. On s’essouffle dans le sens de leurs échanges, on souffre de découvrir les raisons et les sentiments, on s’épuise dans les moments d’hésitation, on se perd dans les « oui » et « non », on se meurt à lire l’évolution de leur relation. Suivre les discussions qu’ils ont, c’est comme regarder un match de ping-pong ; égal au Ying et au Yang. Je me suis abandonnée dans cette œuvre et chaque abandon de leur part pour se rencontrer m’ont fait mal. Sincèrement ce roman n’est pas une merveille, addictif et agaçant simultanément ; cela ressemble plus à un boomerang de contradiction. J’ai aimé et détesté, je suis comblée et déçue, séduite et irritée par « Quand souffle le vent du nord » ; d’ailleurs je le ressens encore derrière les non-dits, comme un air qui n’expire jamais.

Emmi est une femme que je n’ai pas vraiment réussi à cerner. Pourquoi écrire des mails à un inconnu quand on est « mariée et heureuse » ? Elle cherche peut-être le mystère, que sais-je… Mais ce que je n’ai pas saisi chez cette héroïne, c’est le sens qu’elle donne au mariage ; important mais sans valeur réelle et profonde, dépourvu d’une petite pointe d’amour dans ses propos. Donc, malheureusement ; je n’ai aucune idée de comment mettre en valeur ce personnage de l’histoire. Certes, elle mérite d’être appréciée pour son caractère ironique et sa manière « d’écrire », difficile de ne pas sourire quand elle écrit en majuscule. Elle est très énigmatique sur sa vie personnelle, son monde intérieur ne doit surtout pas se rencontrer avec son univers extérieur qu’est la sphère de déclaration épistolaire.

Oh Leo, que dire de cet homme ? En dehors du fait qu’il est adorable, plutôt honnête, avec une légère note de naïveté. Mais en vérité, ma fascination pour ce protagoniste vient du fait qu’il pense presque comme une femme. Sensible, doux, attentionné, possédant une écoute et une intelligence troublante ; la manière dont il s’exprime, lui donne un air charismatique. Il est un peu moins secret qu’Emmi, n’hésitant pas à se confier sur sa vie ; osant même lui donner son adresse postale. Mais cet homme est perdu dans ses sentiments, ça se sent qu’il tombe amoureux au fil des courriels. Plus les pages se tournent et plus Leo me bouleversait, c’est quelqu’un de très émouvant. Particulièrement dans ses déclaration ivre, où tout est dit ; sans peur et honte. Je me suis réellement prise d’affection pour ce héros riche de sagesse et triste de l’amour.

Une rencontre en ligne suite à un malentendu, un message envoyé par Emmi pour se désabonner d’un magazine du nom de Like. Sauf que le mail parvient à un certain Monsieur Leike. Tout débute de cette « erreur » et d’un « Joyeux Noël » groupé. Leur relation est seulement amicale au début, mais petit à petit des pensées s’immiscent jusque tard dans la nuit, ne cessant de songer à l’autre. Ils n’apprennent pas vraiment à se connaître, ils tournent réellement en rond ; et pourtant on ressent chaque nuance d’eux, les émotions qu’ils essayent de cacher et les non-dits restent mystères pour l’un comme pour l’autre. Ils se cherchent mais ne se trouvent aucunement, ils se font presque du mal et au fil des chapitres le lien qu’ils entretiennent devient malsain. On accroche et on éprouve ; malgré l’agacement, les rengaines et les indécisions. Ils souhaitent se rencontrer mais jamais au bon moment ou au même moment. J’ai pu trouver dans ce livre autant d’originalité que de sincérité, néanmoins les répétitions et les mails vides de sens m’ont laissé sur une note vaguement amer. Mais ce roman contient un débordement d’intelligence, les réflexions nous emmènent vers des questions encore plus spirituelles ; de plus le suspense est là pour nous donner du fil à retordre. Un dialogue d’amour fougueux où l’esprit est riche ; un échange piquant, passionné, vif et d’une tendresse infini.

Malgré que cet ouvrage se dévore, par une lecture aérée et fluide ; le style de l’auteur est parfois tiré par les cheveux. Daniel Glattauer exprime tant de chose, qu’il en perd les mots ; oubliant parfois leurs sens et leurs profondeurs. J’ai aimé sa plume mais je n’ai simplement pas succombé, pourtant c’est une histoire assourdissante et harmonieuse ; avec une écriture soufflant des bouleversements. Le premier contact en dehors des mails, au café Huber ; est de loin le meilleur des passages, l’écrivain nous le raconte avec détail, partageant sa vision. Et quand Leo est ivre, c’est magnifique ; ses écrits viennent du cœur, en force et en toute honnêteté, on entend presque le son de sa voix quand il chante Emmi.

« Quand souffle le vent du nord » est un récit particulier, avec ses défauts et qualités. Des personnages qu’on aime alors qu’ils sont agaçants, Leo est mon petit coup de cœur ; il est très différent d’Emmi et j’ai été séduite par sa façon d’être, naïf et suffisamment romantique pour nous attendrir le cœur. Au-delà de la plume de Daniel Glattauer, la forme et le principe des échanges de mail est très envoûtant, nous empêchant de lâcher le roman ; de plus les mots qu’ils partagent défilent tout seuls. Ce n’est pas une histoire comme les autres, une romance toute simple, derrière cet amour naissant, des thèmes apparaissent ; l’apparence physique, l’amour après un mariage, la vie de famille, l’imagination telle qu’elle devrait exister, les suppositions et les silences. Tout est surprise, chaque petit message est unique avec des sens cachés mais réels. La fin de ce premier volume est cruelle mais en beauté, ce n’est certainement pas le dénouement que j’attendais. Une œuvre à lire, au bord de la plage ou encore devant une cheminée ; tout est fait pour plaire bien que ce ne soit pas un coup de cœur pour moi.


Note :
9/10.

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